« Bonsoir Eric, je t’ai reconnu immédiatement. Tu prenais des photos d’Arno et de Stromae, des artistes belges ! Me dit le directeur des Victoires de la Musique avec un sourire complice. « Ça ne pouvait être que toi. » Costume impeccable, l’homme en impose par une certaine classe à la Roger Moore.
Après ce salut amusant, chacun est reparti à ses occupations. Lui s’assurer du bon fonctionnement de cette soirée qui est la plus importante à la télé pour l’industrie musicale en France, moi vers le bar des artistes pour me rafraichir avec un cocktail à base de fruits. D’ailleurs en le dégustant je me suis dit : J’lui trouve un goût de pomme.
J’avais donc la chance de pouvoir accéder à tous les recoins de cet événement : les loges, le bar des artistes, la salle de presse et bien sur la grande salle du Palais des Congrès de Paname, le cœur.
Au détour d’un couloir, j’ai croisé Arno, je me suis approché pour lui poser quelques questions, à propos de la France, sa seconde patrie. Il m’a expliqué que sans la France, Jacques Brel n’aurait jamais rayonné dans le monde. Il m’a dit aussi que les Français n’étaient pas plus chauvins que les Belges. J’ai souri dans les moustaches que je n’ai pas.
L’interview s’est ensuite métamorphosée en une conversation. Arno s’est tourné vers mon fils pour lui dire que c’est lui et ceux de sa génération qui vont devoir prendre les choses en main « … et changer le bazar. C’est toi qui doit changer le bazar… » A t-il répété avec ce fort accent qui vient de nulle part, si ce n’est de la personnalité d’Arno. Rigolo et émouvant à la fois…Une fois !
Plus tard, vers la fin de soirée, je l’ai retrouvé au bar.
« Vous désirez Monsieur ? » lui demande la barman. Ce à quoi Arno a répondu quelque chose qu’il a dû répéter trois fois sans être compris. Le serveur s’est retourné vers moi en m’interrogeant des yeux. « Il veut un tluc en solde…! dis-je. Je suis bilingue, je parle parfaitement le Arno depuis des années. Un verre d’eau lui a été servi.
A l’étage du dessous, c’était moins bruyant, beaucoup moins. Quoique.
En arrivant dans le couloir, en effet, une sorte de calme relatif y régnait. Devant un des écrans, quelques personnes étaient réunies pour jeter un œil sur ce qui se passait dans l’émission. Raphaël et Julien Clerc notamment étaient là, sagement attentifs. Puis un éclat de voix et une explosion de cris sont venus de derrière moi. Il y avait là, la loge de Jean Louis Aubert, ses proches hurlaient leur joie, l’ancien guitariste et chanteur de Telephone venait de recevoir une Victoire pour sa dernière tournée.
Je me suis alors dit que ce serait sympa justement de boire une tournée avec eux… mais la porte s’est fermée. Ils devaient manquer de Champagne. J’ai eu le temps de prendre la porte en photo, puis Jean-Louis (Je l’appelle Jean-Louis pour faire croire que je le connais !) lorsqu’il est descendu de la salle de spectacle.
« Viens là Petit frère, on va prendre une photo ensemble... » a t-il dit à mon fils qui était décidément dans tous les bons coups. Et c’est ainsi qu’ils ont fait une photo ensemble avec un i-phone. Il est sympa ce Aubert, c’est con qu’il ne veuille pas refaire Telephone, enfin, c’est une autre histoire.
Je me suis ensuite laissé aller à suivre mes intuitions, bouger au grès des récompenses distribuées et des artistes qui arrivaient. J’étais surtout transporté par la meute de journalistes, une vague qui se mouvait comme un tout, une entité. Parfois mes pieds ne touchaient pratiquement plus le sol, mais j’avais parcouru tout de même trois bons mètres. Une belle économie de semelles !
Mais la plus grosse bousculade n’a pas été dû à un artiste, je vous raconte ça plus bas.
Comme des enfants, Catherine Ringer, Voulzy, Aubert, Thiéfaine et tous les autres étaient sincèrement heureux, ça se voyait. Aucun d’entre eux n’a besoin de ce genre de récompense pour vivre, rien ne changera dans leur carrière après ce 3 mars 2012, c’est ce qui rendait leur joie encore plus sympa à voir.
Comment on voit la vie maintenant, lorsqu’on a gagné la coupe du monde ? Dis-je à Laurent Voulzy. « C’est plutôt la coupe de France, mais c’est vraiment un bon moment. Je suis heureux… » m’a t-il répondu.
Catherine Ringer, quelle joie ! C’était un plaisir de la voir heureuse. Elle jouait avec cette Victoire, sur sa tête, dans ses bras… Fière comme une écolière qui aurait gagné un concours de fin d’année scolaire, une joie simple et communicative, elle tendait le trophée vers mon appareil pour que je le prenne en photo, mais je préférai son sourire, c’était ça la Victoire de la Musique.
Ensuite au bout du couloir, près de l’entrée des artistes, une première cohue. Toutes les caméras et micros qui peuplaient le lieu s’y sont rués. Je dois manquer quelque chose… me dis-je alors avec cet air faussement naïf mais réellement idiot.
C’était Benjamin Biolay, il n’a rien gagné cette année, mais auprès de la presse, il était le king de la soirée. J’ai alors levé les bras au ciel, non pas pour louer sa grandeur, mais juste pour pouvoir tenir mon appareil photo au dessus des têtes et prendre ce cliché.
Le temps de descendre les bras et une autre cohue encore plus gigantesque, comme un soir de finale de coupe du monde sur les Champs Elysées, s’était formée dans et devant la pièce qui servait de studio à nos amis de France Inter. J’avais beau tenter de passer au-dessus des têtes, je ne voyais rien. Trop de monde, pas assez grand.
Mais qui cela peut-il bien être ? J’étais dans le couloir à attendre que le principe des vases communicants fasse son œuvre, à savoir trois journalistes qui sortent et cinq qui entrent. Sauf que… personne ne sortait !
Alors est apparu devant moi Frédéric Mitterrand, Ministre de la culture, sourire au coin des lèvres il dit : « Alors mon patron est là je suppose ?« Son patron ?? Le Président de la République donc ?
J’ai enfin pu apercevoir dans l’œilleton d’une caméra de qui il s’agissait. Son autre patron, ou son futur patron. Je ne sais pas comment dire, n’étant pas météorologue, il m’est impossible de faire des prévisions à deux mois !
D’autres visages souriants parce que récompensés ou simplement heureux d’être là sont apparus tout au long de cette soirée insolite vue de l’intérieure et passionnante.
Mika
Stromae.
Benjamin Biolay.
Alain Chamfort et Isabelle Boulay.
Le duo Brigitte, Victoire du Groupe révélation scène.
Izia Higelin, Victoire pour l’album rock de l’année.
Hubert-Félix Thiefaine, deux Victoires : Album de chansons et Artiste de l’année.
François Hollande, Victoire… euh … c’est un peu tôt pour le dire.























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