C’était à Bruxelles, le 28 septembre 2011
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Terry Hall arrive sur scène, comme à son habitude, avec le visage bougon du garçon à qui sa mère a confisqué la manette de la console vidéo en punition. Terry est chanteur des Specials depuis toujours, il est une voix typique, reconnaissable, la signature du groupe.

Terry Hall, chanteur.
Mais Terry ne subit pas une quelconque punition, il a toujours cette attitude grognon. Il en rajoute même dans le genre mauvais garçon en fumant clopes sur clopes et en mâchonnant sans cesse un chewing gum. Certainement pour éviter d’avoir une haleine désagréable de cendrier.

Ce concert, je l’attendais depuis si longtemps. Voir ce groupe est une récompense, un peu comme si ma mère venait de me rendre la manette qui avait été confisquée à Terry ! C’est une fenêtre qui se rouvre sur des épisodes vécus jamais oubliés, une madeleine de Proust en plus mal coiffée.
La musique des Specials est une revendication. Dans ce ska-reggae, il y a ce que le reggae des débuts, en Jamaïque, montrait du doigt. Les dérives de la société, le racisme, les magouilles politiques etc. Ça existe toujours, le journal de TF1 en a parlé, c’est bien la preuve !

John Bradbury, batteur.
Mais ce sont aussi des rythmes irrésistibles. Sur Gangsters, (reprise du titre Al Capone de Prince Buster) qui dénonce la corruption dans l’industrie du disques, une marée humaine s’est mise en mouvement. Pour bouger, il fallait juste se laisser porter par le mouvement. Vouloir rester immobile était une douce illusion.
A part les kilos, pardon, la surcharge pondérale comme disent les gens qui parlent avec des mots inutiles, rien ne semble avoir changé chez ces musiciens. Quelques rondeurs joufflues en effet pour Terry, des cheveux blancs aussi pour John Bradbury, le batteur. Les voir sur la scène de l’AB est dépaysant et ramène 30 ans en arrière.

Neville Staple – Lynval Golding – Terry Hall.
En regardant la scène, je m’imaginais dans un improbable club de Londres, au fond d’une impasse douteuse à la fin des 70’. A l’entrée un damier noir et blanc signifiant le respect des races les unes envers les autres. Dans la rue, des mecs avec des regards patibulaires, des jeans moule-burnes et des Doc Martens aux pieds. A leurs côtés, des filles en jupes courtes et à l’esprit frondeur. Sur le trottoir des Vespas bardés de rétroviseurs.

Neville Staple
« Ce que nous allons jouer maintenant, on le jouait déjà avant que vous soyez nés. Mais vous connaissez quand même parce que votre maman a fait du bon boulot. Elle vous a fait écouter de la bonne musique ! dit Neville Staple.»
- Tu m’étonnes, ma mère, elle écoutait La maladie d’amour ou Quoi ma gueule… J’ai eu une enfance douloureuse !
Et là commence Rat Race.
Les gobelets de bière volent dans la salle. Du bas de scène où nous sommes installés, les photographes, je vois un des ces objets volants parfaitement identifiés se diriger vers moi. Un bras le dévie au dernier moment, une jeune journaliste à côté de moi a moins de chance. Douche au Houblon !
Puis version longue de Stereotype enchainée avec Man at C&A.

Ceux qui étaient venus au concert au hasard d’un ticket gagné à un concours ou simplement en accompagnement d’un pote-fan connaissaient quoi qu’il arrive au moins trois ou quatre classiques du groupe. Alors, lorsque A message to you Rudy a raisonné, fans ou pas, les paroles ont été chantées par toute une salle en ébullition.
Le concert était sold-out depuis déjà quelques semaines. Les tickets s’étaient vendus sur une bonne réputation, sur des souvenirs parfois lointains. A en juger aux gestuelles enthousiastes des spectateurs qui tentaient d’expliquer leur émotion, leur joie à la sortie, on pouvait entrevoir que de bons souvenirs venaient d’être emmagasinés.
Une soirée orgasmique de deux heures !

Drôle de vie quand même.
En sortant du concert, je me suis retrouvé côte à côte à un feu rouge avec une autre voiture. Le conducteur écoutait de la musique à donf, du Metal. Nos vitres étaient ouvertes, il s’est adressé à moi. J’ai baissé le son, j’écoutais à donf aussi, mais moi c’était les Specials. Il m’a alors dit que la vie n’avait plus de sens, il venait de divorcer… “Monsieur, c’est l’enfant qui va subir et être malheureux. C’est toujours l’enfant qui paie Monsieur.” M’a t-il dit avec une détresse dans les yeux, il s’est alors effondré en larmes avant d’accélérer.
J’ai crié que la vie lui réserverait d’autres belles journées. Il n’a pas dû m’entendre, mes paroles sonnaient faux de toute façon. Comment trouver les bons mots dans de tels moments ? Dérisoires. Et merde…
J’attendais depuis si longtemps de voir les Specials, mais il y a des choses vraiment plus importantes.

John Bradbury, batteur.

Neville Staple

Roddy Radiation, guitariste.

Lynval Golding.

John Bradbury, batteur.

Terry Hall, chanteur.





























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