Le premier tube de Peter Gabriel en solo, Solsbury Hill n’a pas été inspiré par Springsteen comme une rumeur le laissait penser. Dernièrement, dans Rolling Stone magazine, Peter Gabriel donnait son avis là-dessus. C’est vrai que s’il y a bien quelqu’un qui est au courant, c’est un peu lui. La rumeur avait pourtant un fondement sérieux, le Gab aurait été inspiré par un concert de Bruce Springsteen qu’il avait vu à Londres en 1975.
« J’ai vu Springsteen lors de son premier concert à Londres et j’avais été réellement impressionné, mais il n’y a pas de rapport avec ma chanson, a précisé Peter Gabriel. » Dans les paroles de la chanson en question, une phrase dit : «…l’aigle qui s’envolait la nuit...» Certains y voyaient là une description du Boss. Il n’en fallait pas plus pour créer une rumeur, comme dirait ma voisine qui a reçu hier soir son quatrième boyfriend en deux jours. Je l’ai vue par le trou de ma serrure…
Gabriel avait été tellement inspiré et impressionné qu’il voulait lui aussi s’envoler et devenir un peu Bruce Springsteen en quittant Genesis. « Est-ce de la foutaise tout ça ? » lui demande le journaliste du magazine : « Je pense que c’est de la foutaise, commente Peter Gabriel. J’ai quitté Genesis, je voulais juste être hors de l’industrie musicale. Je me sentais prisonnier de la machine. Tout était trop planifié à l’avance. »
Je ne veux pas créer une rumeur à mon tour, mais Gabriel répond : « Je pense que... ». Il n’est donc pas certain, est-ce que cela veut dire que donc la première rumeur était vraie ?
Peter Gabriel revient avec un nouvel album. Enfin, nouvel album est une notion très relative. En fait le Gab va nous sortir New Blood, un album de reprises de titres à lui. C’est du concept ça !
Ses propres morceaux en version symphonique : Don’t Give Up, Downside Up, In your Eyes, Red Rain, San Jacinto, tout ça chez votre disquaire préféré le 10 octobre.
Humblement Peter Gabriel arrive sur scène, tout le monde n’est pas encore assis. Il lit quelques phrases en flamand. Il sourit lui-même de son accent, puis il lit le même texte en français en prenant une précaution oratoire » …c’est plus facile pour moi… » Un tonnerre d’applaudissements mélangé à de très nombreux sifflets résonnent alors dans Forest National.
« Alors la guerre continue !… » dit Peter Gabriel en déclenchant l’hilarité « …Je préfère la paix. »
Ici à Forest National c’est comme un sanctuaire, ce soir. Que l’on soit Flamand, Wallon, Français ou Guatémaltèque, tout le monde vient parler la langue du Gab, même sourire sur les visages, même émotion humide dans les yeux. Je ne vois qu’un seul et même pays.
A ce stade du compte rendu, je dois avouer que je n’ai vu que très peu d’habitants du Guatemala, des Guatémaltèques donc !
Lors de cette double présentation, Peter Gabriel avait précisé que la soirée serait en deux parties, séparées d’une pause de quinze minutes.
La première partie. Constituée des morceaux de son dernier album que l’on redécouvre à cette occasion. Je ne suis absolument pas fan de cet album, mais en version live avec l’orchestre symphonique face à soit, c’est autre chose. Des morceaux comme The boy in the Bubble de Paul Simon ou encore My body is a cage, reprise de Arcade Fire prennent une dimension incroyable. Ça n’est pas du 5.1 mais du 80.1 Mieux que ça même, on n’écoute pas la musique, on est dedans, on en fait partie.
Sur le silence final de My body is a cage, quelqu’un a crié dans la salle : « Respect Man! » C’est exactement ce que je ressentais à ce moment là, du respect pour cet homme.
La deuxième partie. Les standards de l’Anglais dans des versions revisitées : San Jacinto, Signal to Noise, Red Rain, Solsbury Hill… avec un Pete qui fait le tour de la scène en courant comme lors des concerts pop. Sa fille est là, jolie choriste brune. A ses côtés une blonde à la voix chevrotante sur Don’t give up. Certains ont été gênés par cette voix tremblante. Je l’ai trouvée quand à moi parfaite pour ce titre précis. Sa voix apportait l’émotion supplémentaire à ce cri de désespoir… Don’t give up.
Photo / PG – Radio France
Photo / PG
Devant les dizaines de musiciens, un visage familier, celui de Gab, profondément humain. Ses yeux, sa chemise grise sous un sweat noir, son mug dans la main droite pour se désaltérer. Son sourire d’homme gentil.
Un concert, particulièrement celui-ci, n’est pas comme un morceau de musique que l’on télécharge sur internet en MP3. Un concert c’est un moment de notre vie. Ce sont des émotions qui remontent à la surface…Des fragments de vie. Comme si les yeux de Peter Gabriel, sa voix aussi, nous montraient l’importance des choses, simplement.
J’ai un profond respect pour Peter Gabriel. Il est bien plus qu’un artiste, il est un homme… Gabriel. C’était la onzième fois que je le voyais, à chaque fois j’ai été envahi par l’émotion. A chaque fois je suis reparti en pensant, en réfléchissant. A chaque fois j’ai eu la sensation de progresser. A chaque fois j’ai eu la chance de pouvoir être proche, tellement proche que je voyais ses yeux…
Il s’y reflétait ce que je vois dans les yeux des gens que j’aime, il s’y reflétait aussi ce que je veux transmettre à mon fils.
Hier, j’ai vu Peter Gabriel à Bruxelles, je vous raconterai ce concert dans quelques jours sur ZibloG. Pour le moment, je reviens sur un article que j’ai intercepté sur le net et qui évoque l’avant concert.
Au tout début, Gabriel a fait l’effort d’expliquer d’abord en flamand, puis en français le concept de la soirée. Lorsqu’il s’est mis à parler en français, il a précisé que c’était plus facile pour lui. Il y a eu alors un tonnerre d’applaudissements et aussi pas mal de sifflets. L’article auquel je fais référence laisse entendre alors qu’un artiste anglophone qui s’exprime en français à Bruxelles suscite l’hostilité, alors qu’en flamand personne ne lui reproche quoique ce soit.
N’est-ce pas voir un problème là où il n’y en a pas ? N’est-ce pas regarder par le petit bout de la lorgnette au lieu d’essayer d’avancer ? Les quelques sifflets n’étaient pas une bronca, ils ressemblaient plus à un clin d’oeil amusé, genre »…on va faire plus de bruits que les autres… » Un défi c’est tout. Comme une manière de rouspéter pour le principe, rien de plus. D’ailleurs Peter Gabriel s’en est amusé à son tour « »Je vois que c’est toujours la guerre chez vous. Je préfère la paix. »
Problème de langue ?
A côté de moi, il y avait un couple, la bonne soixantaine, des flamands. On a échangé un peu nos impressions à différents moments du concert, lui dans le français qu’il parlait très moyennement mais en tout cas mieux que je ne maîtrisais le flamand. Tout allait bien, son sourire était dans le même langage que le mien. Ses yeux étaient mouillés par la même émotion qui avait embrumé les miens.
Si cette anecdote linguistique est la seule que cet article a retenue, alors je sens que je vais finir par ne plus dire que j’ai fait des études de journalisme.
La configuration de la salle est assise, c’est rare à Bercy, le décor est planté, c’est de la musique qui s’écoute ce soir.
Tout commence par une blague, c’est inattendu, l’écran-rideau masquant la scène se lève, l’orchestre philharmonique apparaît. Peter Gabriel entre, puis les musiciens commencent à jouer Sledgehammer, le public s’emballe immédiatement. Gabriel se rapproche alors du chef d’orchestre et lui demande de tout arrêter, il prend le micro et dit en français… « …Euh Sledgehammer, c’est déjà fait… vous pourrez écouter ça à la pause si vous voulez…aujourd’hui c’est différent. »
Le vrai départ se fera avec Heroes, c’est ni mieux, ni moins bien que la version de Bowie en rock, c’est différent. Ça prend une autre dimension avec cet orchestre symphonique. Peter Gabriel a rarement inclus des solos de guitare sur ses albums, à ma connaissance, un morceau existe avec un solo, c’est White Shadow sur PG2, solo réalisé par Robert Fripp de King Crimson.
Photo / PG – Radio France
Ici pas de guitare du tout, mais beaucoup de cordes…sur des violons, des violoncelles, des contrebasses. La musique est limpide. L’écran géant qui coiffe toute la scène de gauche à droite est parsemé de formes, de lueurs, de couleurs qui rendent le concert classieux. Cette première partie est destabilisante, tout est si différent. Il y a heureusement quelques repères.
Devant les dizaines de musiciens, un visage familier, celui de Gab, profondément humain. Ses yeux, sa chemise marron, son blouson noir à capuches comme sur les dernières tournées. Et puis de temps en temps il se désaltère avec son mug … oui ce geste, ce mug on les voit aussi à chaque fois, c’est devenu une habitude.
Sa voix ne chante pas du rock ce soir, mais elle s’inscrit bien dans ce projet. Le mariage de la musique classique avec cette voix venue du classic rock est réussie, l’harmonie est parfaite. La voix des 2 choristes dont celle de Mélanie sa fille est une subtilité supplémentaire dans cette oeuvre de haute couture musicale.
Son sourire d’homme gentil est une récompense.
Sur Book of love, le visuel était important, des dessins naïfs apparaissent sur les écrans. Des écrans disposés de telle manière que les dessins semblent être dans l’espace, ils semblent flotter. Il y a des fleurs, des bagues, l’amour et un très rapide clin d’oeil à ses vieux compères de toujours dont l’ami fidèle Tony Levin le bassiste.
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Puis une pause de 20 minutes « …Nous revenons tout de suite… « dit Peter Gabriel toujours en français.
La première partie est impeccable mais évidemment elle manque d’émotion, les morceaux sont trop nouveaux, ils ne nous ont pas encore accompagnés dans des épisodes de vie pour être déjà émouvants. La seconde partie fait prendre au concert une envergure insoupçonnée avec les choeurs et l’orchestre symphonique de Radio France.
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On a eu dans cette partie Digging in the dirt, Washing off the water chanté par sa fille seule, puis Darkness ce morceau qui parle de nos peurs enfantines notamment.
« …Voici maintenant un morceau tout bien connu… »
Solsbury Hill. J’avais besoin de repères, en voici un. Ce titre avec l’orchestre classique derrière est réinventé ce soir pour nous. Il est un monument. Je croyais que ce serait le moment culminant du spectacle.
Pour les rappels, l’intensité est montée encore d’un cran. Le concert s’est terminé par deux morceaux, « …pour dire bye bye … » Don’t give up. Kate Bush sera t-elle là ? Non, mais une jolie choriste la remplace parfaitement.
Sur l’avant dernier morceau, on est alors 15 minutes avant de se quitter. L’écran masque la scène, on ne voit que le pianiste et les deux choristes. Les musiciens derrière commencent à jouer. Puis on entend la voix de Gabriel entonner les premières paroles de In your Eyes puis une voix inattendue, celle de Youssoun’ dour.
Impossible qu’il soit là, mais sa voix qui vient de nulle part fait se lever le public. Le rideau se lève aussi et derrière il y a effectivement Youssoun’ Dour dans une chemise blanche, il est acclamé. Peter Gabriel est à côté, il se rapproche et lui fait une accolade.
In Your Eyes…dans tes yeux Peter…sur l’écran géant. On voit cette innocence, cette candeur, cette gentillesse que je vois dans les yeux de mon petit bonhomme avant qu’il ne s’endorme le soir.
J’ai un profond respect pour Peter Gabriel. Il est bien plus qu’un artiste, il est un homme…
Finalement c’est non. David Bowie ne participera pas au « troc » imaginé par Peter Gabriel. Pete Gab vient de sortir un album de reprises de différents artistes. Les artistes en question devaient à leur tour faire une reprise de Gabriel sur un album à eux.
Pour le moment, ils ont presque tous dit oui, sauf Bowie qui a dit : Boh non… je ne ferai pas ça !
Dans quelques jours va sortir le nouvel album de Peter Gabriel, Scratch my back. Un album de reprises faites par Pete Gab. On y retrouve notamment le titre Heroes de Bowie.
David Bowie a écouté cette version. « Mes chansons ont souvent été reprises, mais là Peter a donné une autre vie à cette chanson, a t-il dit » Pour s’en convaincre, écoutez et regardez attentivement, sans emmerdeur autour de vous qui vous importunerez dans les trois prochaines minutes.
C’est ce que m’a dit ce matin au téléphone un pote de Montréal. « Chez nous… »
En québécois cela veut bien entendu dire, là-bas, à Montréal.
Il sera le 28 avril au Centre Bell de Montréal. Ce sera apparemment un concert un peu particulier, il y aura un orchestre avec Pete Gab mais pas de batterie, ni guitare. Cette tournée qui ne devait compter que trois dates, commence à s’étendre, Allemagne, France, Angleterre, États-Unis, Québec.
Et pourquoi pas la Belgique et la Suisse ?
Il jouera une bonne partie de son album de reprises qui sortira le 16 février, Scratch my back. Presque dans le même temps, un autre album intitulé I’ll Scratch Yours va aussi sortir. Ce sont cette fois des artistes qui reprennent des titres de Peter Gabriel.
Lettre à Pete :
« Monsieur Peter Gabriel, je vois avec plaisir que votre tournée s’étend de plus en plus. Je viens de lancer une pétition et j’ai déjà recueilli plus de 13 signatures. Merci d’en tenir compte et d’envisager de passer chez vos amis Belges et Suisses qui sauront vous en être reconnaissants.
Veuillez accepter, Monsieur l’ancien directeur de Genesis, nos salutations distinguées. »
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