Helsinki, le 31 juillet.
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Bruce est arrivé et a dit : « Ce soir c’est notre dernier concert en Europe, alors on va faire les choses bien. »
Le reste de cette soirée n’est qu’une histoire de superlatifs et de sentiments forts et pour ce qui me concerne d’un moment de vie comme jamais. Je m’attendais a du très grand Springsteen, comme d’habitude, mais avec lui il n’y a pas la place pour les habitudes. J’étais bien loin de m’imaginer ce que j’allais vivre et pourtant je l’ai déjà vu très souvent.
Deux heures avant le concert proprement dit, je tentais de m’acheter un morceau de pizza et un Panini, les pires que je n’avais jamais mangés. Au moment ou la dame, une blonde finlandaise m’a dit : « Thirteen euros please... » Je m’apprêtais à lui répondre « What the fu… ! » Mais une clameur venue des fans plantés devant la scène m’a coupé dans …mon élan, comme on dit en Laponie, dans le Nord de la Finlande.

Seul avec sa guitare, deux heures avant le concert.
Le Boss venait de monter sur scène, il était là-bas, derrière son micro, en simple tee-shirt et avec une guitare. Seul. Il était plus ou moins 18h. Il a alors joué cinq titres dont trois pour la première fois sur cette tournée. Des titres plutôt intimistes, il a même demandé aux gens qui étaient là, ce qu’ils voulaient écouter. Il a surtout beaucoup parlé et ri avec les quelques uns qui étaient déjà arrivés. A vu de nez, on était 2000 à ce moment là.
Avant de jouer Blinded by the light il a expliqué que c’était sa première chanson à avoir été N° 1, puis il a eu un grand rire « Oui ma chanson a été N°1 mais dans la version de Manfred Mann Earths Band ! » D’ailleurs pendant cette petite demie heure imprévue, il a beaucoup ri, il était le pote qui venait déconner avec des potes.
J’imagine ceux qui ont manqué cette cerise sur le gâteau. Je crois qu’ils ont dû pousser un énorme cri dans lequel il était possible de distinguer : What the fu…!

This is the BOSS !
Et donc, deux bonnes heures plus tard, Springsteen nous promettait de faire de ce concert quelque chose de particulier. C’était déjà le cas avec l’amuse gueule de fin d’après midi, mais que pouvait-il donner de plus ? De plus qu’à Paris il y a un mois ? Qu’à Cologne il y a deux mois ? Que pouvait-il me donner de plus que les 20 fois précédentes ?
C’est simple. Je crois juste avoir assister ce soir du 31 juillet sous le soleil de Helsinki au concert ultime. Je sais désormais qu’il ne pourra plus jamais faire mieux, même s’il est capable de tout. Mais là, tout était réuni pour que ce soit exceptionnel, rarement les planètes du rock ont été si bien alignées (comme dirait Irma ma diseuse de bonnes aventures) pour que cela fonctionne comme jamais.
D’abord le fait que ce soit le dernier concert en Europe, ensuite qu’une partie des concerts aux Etats-Unis vont se faire sans son grand pote et guitariste Steve Van Zandt pour cause de tournages pour la télé. Et puis… les années passent et même lui n’est pas éternel.

C’est presque lassant, en Finlande elles sont toutes blondes et jolies.
A Helsinki, comme à Barcelone il y a six ans, j’avais mon petit mec avec moi. Histoire qu’il voit maintenant du haut de ses treize ans, ce qu’il n’aura peut être plus jamais l’occasion de voir. Qu’il me dise que c’était génial ou nul, peu importe, il fera son opinion, mais il fallait qu’il le voit. Comme cet hiver lorsqu’il a vu McCartney ou encore avant ACDC, Genesis etc. Il y a des choses qu’il faut avoir vues dans la vie, après on fait son jugement, mais il faut avoir été témoin. C’est mieux que les on-dit.
McCartney était grandiose, c’est une expérience inoubliable. Surtout le voir à 13 ans et pouvoir expliquer dans 50 ans avoir vu le mec qui est en partie LA musique du XXéme siècle. En concert, Macca est parfait, mais lorsque Macca regarde vers le haut, loin au dessus de lui, il y a un showman bien plus incroyable et plus grand que lui, son nom est Bruce Springsteen.
Bruce a proposé cette fois encore une set-list particulièrement bien dosée, entre titres intimistes et rocks rougeoyants dans la fonte brute. Le solo de Nils Lofgren sur Because the Night était encore plus déjanté et débridé qu’à Paris. La complicité avec Steve Van Zandt était retrouvée, la ‘battle’ de rythmes de plusieurs minutes entre la batterie et les percus était comme un dialogue sans fin, un dialogue de sourd aurait dit ma grand-mère.

In da street !
C’était le concert ultime, après ça, que peut encore m’apporter un concert ? Un jour, j’ai croisé le grand critique de rock belge, Pierre Rocknroll. Il m’avait raconté une histoire de fou. Au début des années 80 il était allé voir un concert de Springsteen, il avait été tellement subjugué par ce qu’il avait vu et entendu ce jour-là qu’il avait décidé simplement de mettre un terme à sa carrière de critique de rock, expliquant qu’il ne verrait jamais mieux.
En ce qui me concerne je vais continuer, d’abord parce que d’aller en concert est ce qu’il y a de mieux dans l’écoute de la musique. Ensuite, parce qu’il faut que je tente de m’assurer une retraite pas trop misérable.
Mais pour tout vous avouer, je me ferais bien faire un T-Shirt avec écrit dessus :
Helsinki 2012, j’y étais !
A la fin du concert, Springsteen a dit à la foule : « Quelqu’un vient de me dire que dans deux minutes, ça fera 4 heures de concert ! » Alors, il a fait un signe au E Street Band et ils ont poursuivi leur medley Twist and Shout-La Bamba.

The world champion.
Steve est ensuite apparu avec un panneau sur lequel était écrit : 4h12 minutes ! Puis il a pris le micro de Springsteen et a dit : This is the World Champion… THIS-IS-THE-BOSS ! Bruce a alors pris la position d’un catcheur qui montre ses muscles et ils ont tous éclaté d’un grand rire de sales gamins.
Ensuite, ensuite ils sont partis. Je venais de vivre le meilleur moment de ma vie professionnelle et un moment extraordinaire de ma vie avec un petit mec qui racontera ça à ses enfants un jour.
Hé le vieux, tu nous emmerdes ! lui répondront surement les petits cons.
Peu importe, la roue doit tourner mais le proverbe se vérifie de plus en plus : Il y a ceux qui ont vu le Boss en concert et ceux qui ne sont pas encore fans !

J’y étais !
La set-list :
Les cinq titres en acoustique joués vers 18h
- I’ll work for your love – Leap of faith – No Surrender – For you – Binded by the light
Puis le concert, vers 20h
- Rockin’all over the world (cover de John Fogerty) – Night – Out in the street – Losse ends – We take care of our own – Prove it all night – Wrecking ball – Death to my hometown – My city of ruins – Does this bus stop at 82nd street ? – Be true – Jack of all trades – Downbound train – Because the night – Lonesome day – Darlington country – Light of day – Shackled and down – Waitin’ on a sunny day – Back in your arms – The rising – Badlands – Land of hope and dreams –
Les encore
We are alive – Born in the USA (version vaguement folk) – Born to run – Medley – Glory Days – Dancing in the Dark –
Tenthe avenue Freeze out – I don’t want to go home (cover de son pote Southside Johnny) – Your love keeps lifting me… Higher and higher (Cover de Jackie Wilson) – Twist and shout.
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