Je suis toujours gêné par les élans incontrôlés de certains fans envers leur artiste préféré. Mais je le comprends.
Je suis profondément ennuyé quand un artiste se prend pour une star.
Mais j’imagine qu’à partir d’un certain niveau de popularité, il peut être admissible de péter les plombs et de croire que le monde vous appartient. J’imagine aussi que ça n’est pas automatique, certains sont arrivés tout en haut, à un niveau où il leur est permis de tutoyer les étoiles sans pour autant avoir perdu l’essentiel.
J’en connais quatre, il y en a d’autres bien-sûr, mais quatre me touchent particulièrement par leur musique et par ce qu’ils sont humainement parlant. Des types qui peuvent être fiers de leur oeuvre, mais fiers surtout de ce qu’ils sont.
Bruce Springsteen, Peter Gabriel, Alain Souchon, Manu Chao.
De ces « fab four », j’ai eu la chance d’en rencontrer deux, les deux Français. A chaque fois, une rencontre, un souvenir, un moment de ma vie.
Comme une émotion qui est passée et restée. Lorsque j’écoute Et si en plus y’a personne (Souchon), j’ai toujours les larmes aux yeux en pensant à cette planète qui se déchire au nom de concepts que je n’arrive pas à comprendre. Et qui de toute façon ne peuvent justifier tous ces gens qui meurent pour rien. Alain Souchon parvient avec trois mots naïfs et banals à faire une poésie bouleversante.
Ecoutez Putain, ça penche, (sur l’album, pas sur You tube, la version n’est pas la bonne) il n’y a pas de texte, juste l’énumération de marques, mais vous comprenez tout.

Les quatre ont en commun de ne pas se contenter de beaux discours pendant les concerts en faisant la morale au passage.
Comme certains artistes toujours prêts à faire la révolution, mais qui après leurs shows se retrouvent dans un hôtel dont les cinq étoiles brillent tellement qu’elles les empêchent de voir les fans qui attendent sur le trottoir depuis des heures dans le froid pour avoir juste un sourire, un mot, un regard, une signature sur une photo.
Lorsque j’ai rencontré Manu Chao, j’ai eu le même sentiment que les fois où j’ai croisé Souchon. J’avais en face de moi un type qui ne livrait pas des réponses convenues à des questions de journalistes, non il m’a parlé. Je m’étonnais notamment que sa musique se retrouve sur le net en qualité numérique dés le lendemain de ses concerts. Ça te prive de revenus importants…lui ai-je dit naïvement en sachant quand même que j’allais le titiller.
« Si je commence à penser comme ça, ce n’est pas la peine. Je gagne suffisamment ma vie pour ne pas me demander comment je pourrais faire pour gagner encore plus. » Puis il a ajouté un truc qui paraît surréaliste « ..si un mec utilise ces enregistrements pour faire de l’argent sans mon autorisation ça peut être gênant. Et encore faut voir, si c’est pour une bonne oeuvre c’est bien, je laisse faire. »

D’ailleurs moi même, lors de son concert j’aurais pu brancher mon Nagra sur la console de mixage de l’ingénieur du son pour pomper le concert. Je ne l’ai pas fait, je regrette.
Je n’ai pas eu la chance de rencontrer Peter Gabriel et le Boss, mais pour avoir entendu beaucoup parler d’eux par des gens qui les ont rencontrés souvent, je me dis que ces deux là sont du genre que j’aime bien. Demandez à Antoine Decaune de parler de Springsteen et alors vous vous assoirez pour écouter, comme un enfant qui écoute l’histoire que sa maman lui raconte le soir pour l’endormir.

Springsteen et Gabriel, en fait si, je les ai vus, en concert. A chaque fois j’étais envahi par l’émotion de certaines de leurs chansons.
A chaque fois je suis reparti en pensant, en réfléchissant. A chaque fois j’avais eu la sensation d’avancer. A chaque fois j’avais eu la chance de pouvoir être proche, tellement proche que je voyais leurs yeux.
Il s’y reflétait ce que j’essaye de transmettre à mon fils.

Commentaires récents