Roger Waters – Anvers 27 mai 2011
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Époustouflant, incroyable, fantastique, inouïe… on pourrait énumérer la totalité des superlatifs du dictionnaire que nous n’aurions qu’une idée édulcorée de The Wall by Waters.

Roger Waters au pied du mur.
Mais s’il n’y a pas de mot, il y a des images. Des images grandes comme des immeubles de 4 étages, grandes comme un mur gigantesque sur lequel on visionne les dures réalités de la vie. Sur chaque pierre du mur qui se construit petit à petit tout au long de la première partie, des visages sont projetés. Des visages de femmes, d’hommes disparus à la guerre ou dans des attentats. Des images de retrouvailles aussi avec des militaires qui reviennent du combat. Joie et tristesse, on est tous ballotté entre des sentiments contradictoires, puissants. Trop puissants pour que la foule y résiste, des yeux pleins de larmes ici et là. On venait voir un concert, on a vécu un moment de vie. On voulait raconter, la gorge s’est nouée. On voulait crier devant les horreurs et les injustices, le cri n’est jamais sorti.
L’émotion.


Avant le concert, pendant que chacun s’installait, insouciant, n’imaginant pas encore le choc à venir, les oreilles les plus averties, les plus attentives aussi, pouvaient reconnaître des chansons au texte conscientisant. Bob Dylan par exemple avec I Shall be released : « Pourtant je jure que je vois mon reflet, quelque part si haut au-dessus de ce mur. Je vois ma lumière briller (…)Se tient un homme qui jure que ce n’est pas sa faute. Tout le jour je l’entends crier si fort, crier qu’on l’a manipulé. » Le décor est planté, Waters faisait passer ses premiers messages au travers des chansons qui relevaient les mêmes injustices, qui délivraient les mêmes messages politiques.
« We don’t need no education
We dont need no thought control
No dark sarcasm in the classroom
Teachers leave them kids alone – Hey !
Teachers ! Leave them kids alone !«
Ce n’est pas un concert, mais un spectacle que sert magnifiquement bien une technologie sans faille. La projection ininterrompue d’images ne laisse aucun répit, la qualité du son ne laisse elle aucun mécontent. Le son quadriphonique, diffusé donc depuis plusieurs endroits de la salle évite l’habituel mur d’enceintes surpuissantes crachant des décibels qui s’écrasent avant de rebondir sur le béton pour terminer leur course en bouilli dans les oreilles des spectateurs.
Ici rien de tout ça, l’immense Sportpaleis était devenu un auditorium le temps de deux soirées. Au tout début du show lorsque Roger Waters est arrivé sur scène avec In The flesh, premier morceau du double album The Wall, j’ai commencé à griffonner sur mon carnet de concerts, comme je le fais chaque fois. Deux heures plus tard, vers 23h, lorsque mon regard s’est posé à nouveau sur ce fameux carnet, je n’y ai vu que trois lignes d’écrites.

Il y avait eu tellement à voir, à écouter et surtout à réfléchir qu’à aucun moment je n’ai pensé à écrire. Heureusement l’émotion génère des souvenirs souvent inoubliables, jamais très objectifs, mais peu importe. Quand un spectacle arrive à ce degré de perfection, on ne cherche plus à être objectif pour en rendre compte, on cherche juste à trouver des mots pour faire comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un concert, pas non plus d’un événement musical, il s’agissait d’un rêve incroyable qui a bouleversé, fait pleurer, donner la chair de poule à des milliers de personnes au même moment.
Cette sorte de psychanalyse mégalomaniaque que s’offre Roger Waters en public nous permet d’appréhender ce qu’a été sa vie. De comprendre ses peurs, ses angoisses, ses visions de notre monde. Des sensations qui peuvent être les nôtres aussi. Des angoisses qui finissent par nous enfermer dans un monde irréel. On devient extrême, extrêmiste…dictateur.

Je rassure ceux qui en lisant mon récit se disent que ça semblait être « prise de tête »… Que nenni ! Si le message vous échappait, il était toujours possible de voir dans ce spectacle, une trentaine de type sur scène en train de jouer à des legos géants. Évidemment, dans ce cas on y perd en émotion et on passe à côté de l’essentiel, mais c’est bien aussi les Legos !
Je dois vous avouer que moi-même, à plusieurs moments je n’écoutais que peu, je regardais sans voir, mes yeux étaient dans le vague…je pensais et j’avais peur. Ma vie, les vies des gens que j’aime peuvent être balayées d’un moment à l’autre par la volonté d’un homme en manteau de cuir et bras levé ou par celle d’un fou de dieu. Ces enfants tristes sur les écrans, la guerre partout tout le temps pour des bouts de terre qui existent ou des dieux qui existent peut être. Le mur devenait le reflet de notre monde, un miroir géant de 30 mètres de long sur 10 de haut.
L’été dernier, au Musée Madame Thussaud à Londres, dans la pièce des hommes politiques, il y avait Martin Luther King et Ghandi, deux statues délaissées par la majorité des touristes. Juste à côté, beaucoup de ces gens en short et appareil numérique autour du cou posaient pour une photo avec les statues très fréquentées de Hitler et de Sadam Hussein.
Les touristes… Savent-ils simplement qui sont Martin Luther King et Ghandi ? Continuons tous comme ça, nous allons juste …tout droit dans le mur.








Photos Bonus…

Le côté obscur d’un fan.

Waters’s shoe.

Waters’s hand
Si vous êtes curieux et que vous aimez les images qui bougent, il se cache deux vidéos (Merci Franz) derrière deux des photos que vous venez de voir, il suffit de cliquer, cherchez les…
Ces photos et un autre article sur www.classic21.be
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