« Bruce et sa musique font partie de ces choses qui nous aident à rêver notre vie. » Antoine De Caunes
D’abord il y a eu une voix sortant de l’obscurité « …Good evening ladies and gentlemen… We’re proud to be here tonight… » puis le saxo de Clarence Clemons sur le début de So Young and In Love, puis Bruce Springsteen est arrivé, souriant comme d’habitude et ensuite…ensuite oui, ensuite il y a eu 2h30 dont je pourrai vous raconter la moindre seconde tellement c’était inoubliable.

200 ? 300 ? Plus encore ?
Je ne sais pas combien de concerts j’ai vus juste ces cinq dernières années, mais celui-ci n’est pas à ranger dans la même catégorie que les autres. C’est toujours difficile de comparer des artistes différents, des genres musicaux différents, mais même si c’est difficile je dois dire qu’il y a Bruce et il y a les autres.
On ne l’appelle pas le Boss par hasard.
Je ne suis pas certain qu’à la fin de cet article vous aurez la moinde idée de ce qu’est un concert du Boss. Il arrive un moment où les mots sont insignifiants, négligeables, quelconques, dérisoires.
Alors c’était comment le concert ? Exceptionnel ? Fantastique ? Je vous avais dit, il n’y a pas de mot.

Comment vous décrire une foule de 17 000 personnes dont l’émotion et la joie se communiquent de personne en personne comme une hola imaginaire de bonheur ?
Comment vous décrire le comportement si simple d’une star planétaire qui reste proche du public comme peut l’être un artiste qui passe dans une petite salle ?
Comment vous expliquer que ce type sait à la fois vous émouvoir aux larmes et l’instant d’aprés vous faire sourire en passant le balai sur scène ?
Comment ?
Je vais en tout cas essayer de vous dire que lundi à Anvers le son était moyen, très moyen même, l’un des moins bons que j’y ai entendu. Pourtant, demandez à chacun des 17 000 spectateurs ce qu’il en a pensé, personne ne saura répondre, personne ne s’en est préoccupé.
La musique et le charisme du personnage avaient hypnotisé tout le monde. On a eu droit à une setlist très différente de celle de décembre dernier. Beaucoup plus tournée vers les fans avec des morceaux moins connus, voire même inconnus.
Mais toutes les chansons de Springsteen parlent à chacun. « Vous écrivez une chanson seulement pour vous-même, explique t-il, mais elle n’est pas bonne tant que vous ne la jouez pas pour quelqu’un d’autre. C’est la connexion entre les gens qui perdure… »

Nils Lofgren à gauche et Bruce
Sur le début de Thundercrack, Springsteen a commencé seul sur sa guitare, trop seul, ça n’était pas prévu. Il s’est alors retourné vers le groupe pour s’apercevoir que deux musiciens étaient en train de parler ensemble.
Il les chambre alors par un »…On y va ou vous parlez ? » Puis il revient vers le micro en disant « …Le E Street Band est toujours prêt…enfin…presque toujours prêt ! »
Tout le monde sourit sur la scène, lui le premier. Il se met ensuite dans sa position préférée, jambes légèrement écartées, genoux un peu pliés et la main droite qui semble tirer sur les cordes comme pour les arracher.
Ensuite les enceintes crachent les watts.

Photo, dec 2007
Plus tard, on aura droit à Fire avec un jeu de scène amusant et travaillé sur le riff du morceau. Lui et Clarence Clemons « …l’homme le plus imposant qu’on n’ait jamais vu… » se sont amusés avec le public à grand coup de mouvements de têtes et de regards. Impossible de ne pas en rire, c’était réellement drôle
Évidemment, ce lundi soir, il y a aussi eu un duo de guitares entre Steve Van Zandt et Bruce Springsteen qui montrait qu’entre les deux il y avait une complicité qui allait bien au-delà de la musique. Entre eux deux, mais aussi entre tous.
Le solo de Nils Lofgren qui tournait sur lui même tout en jouant était aussi du grand art.

Bruce et Steve Van Zandt
« Je veux être un rocker, un musicien, pas une rock star… » Bruce Springsteen.
Cette phrase à elle-seule révèle un état d’esprit. Au début de sa carrière, cette façon de penser l’avait amené à refuser de faire la Une de grands magazines américains comme voulait lui imposer son manager de l’époque.
Lorsque qu’il a signé son premier contrat, il a rappelé ses potes, ceux avec qui il avait joué dans des bars ou dans des petites salles. Il les rappelait pour qu’ils soient les musiciens du premier album. Il ne les avait pas oubliés. Ils sont toujours avec lui, 35 ans plus tard.
A chaque moment de ce concert, ces musiciens là montraient de l’envie, du plaisir et c’était communicatif. Sur Thundercrack, inconnu du grand public, mais pas du public présent, ils nous ont fait un quatuor violon (Soozy Tyrell), Guitare (Nils Lofgren), Saxo (Clarence Clemons) et Guitare (Bruce) au bord de la scène, le public a joué le jeu en chantant jusqu’à la fin du morceau.
Juste avant la coupure, soit deux heures après le début, le riff de Badlands a explosé dans les enceintes, cela faisait déjà deux heures que tout le monde s’époumonait. Mais il fallait faire encore un effort…encore un, il fallait y aller, le Boss comptait sur tous.
Alors tout le monde a repris le oh..oh..ooooh ooh… du morceau, jusqu’à la fin, jusqu’à bien au-delà de la fin.
La scène s’était vidée pour le break, le public chantait encore. Bruce était revenu, le public chantait encore.
Je suis certain qu’au moment où vous lisez ces lignes, le public de ce soir là chante encore.

Pour les « encore » on a eu droit à I’m A Rocker, le toujours inoubliable Born To Run, Thunder Road, Glory Days et American Land dont les paroles défilaient sur les écrans à la manière d’un karaoké géant.
Puis les musiciens sont venus saluer une dernière fois. Il y avait là Roy, Clarence, Nils, Bruce, Soozy, Steven, Max, Garry ( je les appelle Roy, Clarence, Nils, Bruce, Soozy, Steven, Max, Garry parce que comme 16999 personnes je les connais, j’ai passé la soirée avec eux).
La salle s’est rallumée. Merde non, ça n’est pas fini ? Qu’est-ce qu’on va devenir ? Dehors il fait nuit.
Je pense à ma famille, je viens de vivre le meilleur moment de ma vie professionnelle, j’en ai encore les larmes aux yeux.
Ca n’était pas un concert, c’était un moment de vie.
Les à-côtés du concert
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- Steve Van Zandt

On est arrivé bien avant l’heure du concert avec le Riep’. Il était question de rencontrer Little Steven (Steve Van Zandt) le guitariste au bandana. On s’est retrouvé dans les coulisses du SportPaleis, dans une salle à la moquette mauve histoire de ne pas être dépaysé !
Steven est arrivé, sympa comme tout. Il nous a demandé juste de patienter deux secondes le temps qu’il passe un coup de fil pour obtenir un pass pour un journaliste flamand. Une fois l’affaire arrangée, il nous a demandé si on allait bien. Puis je lui ai demandé si je pouvais prendre des photos pendant l’interview…Yeah of course man !

Il s’est même déplacé pour me permettre d’avoir une meilleure lumière. Il a évoqué notamment ses collaborations sur certains grands albums du Boss, son départ puis son retour dans le E Street Band. Ça faisait déjà près de 25 minutes d’entretien lorsque la porte s’est ouverte, c’était… Non ?
Non, je vous rassure ça n’était pas Bruce mais juste le type de la maison de disques qui venait dire qu’il fallait arrêter.
- What time is it ? Demande Steven.
- Eight !
-Oh shit !

Eight O’ clock ? Are you sure ?
Le concert est censé commencer dans trente minutes. Finalement il commencera avec quelques minutes de retard, mais Laurent Rieppi dégage toute responsabilité !
Juste avant de laisser le Riep’ avec Little Steven et d’aller prendre ma place pour les photos dans la salle, le Riep’ me rappelle que le lendemain on a rendez-vous à Bruxelles avec Nils Lofgren, l’autre guitariste du E Street Band.
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- Nils Lofgren
Je n’ai malhereusement pas pu aller au rendez-vous, mais le Riep’ y était. Il a parlé avec Nils de son album solo et lui a aussi demandé d’éclaircir un doute que l’on avait eu pendant le concert de la veille. 10 minutes avant le concert, j’avais demandé la Setlist pour savoir ce qui allait être joué, on m’a répondu alors qu’elle n’était pas encore prête. Etonnant. Le concert n’est quand même pas improvisé ?

A gauche Nils, au centre Bruce et Max Weinberg et à droite Steven
Le Riep’ (de Classic 21) a donc demandé à Nils Lofgren comment ça c’était passé. Nils a avoué que le concert d’Anvers avait été particulier, en effet une bonne partie des titres joués avaient été choisis très peu de temps avant, voire même pour certains pendant le concert. Il lui a confié par exemple que certains morceaux n’avaient plus été joués depuis plusieurs mois, il fallait se les remémorer.
« Le concert se faisait dans une ambiance bruyante à cause, ou plutôt grace au public qui était très très réactif. Et comme on ne suivait pas du tout la playlist, il fallait tenter d’entendre ce que nous disait Bruce, on ne pouvait pas communiquer entre nous à cause du bruit. On devait lire sur les lèvres de Bruce et partir en espérant avoir bien compris ! »
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- After Party on Classic 21











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