Une petite voix intérieure me disait depuis le début de l’après midi « N’y va pas, tu es fatigué et en plus c’est un concert acoustique, tu vas t’ennuyer ! » Dans le même temps, une force incontrôlable me poussait irrésistiblement vers ma voiture. J’y vais, j’y vais pas ?

J’y suis.
La salle a un nom imprononçable pour le Français que je suis, Stadssschouwburg. Même à écrire ça demande de la concentration. Le temps de sortir mon zoom, les photographes sont en effet placés loin de la scène, ça commence.
Le décor est en harmonie avec l’acoustique du show, très dépouillé. En tout et pour tout, cinq projecteurs de cinéma sur pied et un piano. Bryan (je l’appelle Bryan pour faire croire que je le connais) arrive avec une légère démarche de cowboy, un sourire barrant un visage heureux et une coiffure d’adolescent pas coiffé. Bref, un look sympa.

Pour compléter le tableau, le rideau de fond de scène est ouvert laissant voir les remises, les coulisses. On distingue des panneaux, des échelles, un nécessaire à bricolage. C’est insolite. L’éclairage de cet entrepôt par un spot tantôt rouge, tantôt mauve souligne l’allure roots du chanteur.

C’est fou ce que l’on peut faire avec une simple guitare. Je me souviens d’un pote en vacances, il y a longtemps, qui nous faisait des mini concerts sur la plage le soir. C’était chiant, parce qu’il jouait mal et toujours les trois mêmes morceaux. Mais Bryan Adams avec sa guitare transporte le public vers des horizons insoupçonnés.

Entre chaque morceau il parle, beaucoup même. Je suis surpris, agréablement. Il plaisante sans cesse. Le public est ravi, les rires fusent. Le public réagit, des phrases sont lancées ici et là, Bryan marque toujours un temps avant d’y répondre, pour être certain de faire la bonne réponse. A chaque fois il fait mouche, il fait rire. Comme une partie de ping pong entre lui et le public.
Cette soirée acoustique me faisait penser à la tournée Devils and Dust de Springsteen, lui, sa guitare et le public. Adams et un peu le Springsteen canadien avec cette différence que le Boss était plus dans l’investissement politique.

Bryan Adams arrive d’un simple regard à embarquer la foule dans son univers. Il imprime un rythme en tapant sur la caisse de sa guitare, une fois, deux fois…un regard vers le public, tout le monde comprend et bat la mesure avec ses mains. Complicité. C’est Summer of 69 qui démarre. Évidemment on a le droit à tous les tubes. Y compris les slows que je trouve un peu niais, il n’en fait pas trop.

Ma crainte avec l’acoustique est que ça manque de mordant, de hargne. J’ai été rassuré dés le premier titre Run To You. Une seule guitare, mais l’ambiance était aussi survoltée qu’avec tout un groupe. L’une des caractéristiques du rock est l’emploi de la guitare électrique nous disent les grands spécialistes du haut de leurs certitudes. Je n’ai jamais été d’accord avec ça, le rock est un état d’esprit. Bryan Adams en acoustique, c’était du rock. Du putain de bon rock même !

A part nous faire rire, entre les chansons, Bryan Adams nous expliquait aussi certaines petites histoires de sa vie, des histoires qui ont donné naissances à des chansons. Il nous a aussi expliqué que l’inspiration était quelque chose d’impossible à décrire. « Ce sont des choses magiques. »
Sa voix éraillée y est pour beaucoup dans son style, dans son rock, elle a le punch de la révolte et la nuance pour laisser passer l’émotion, le sentiment. Sa voix trahit gentiment ses peines, ses joies. Ses hurlements en sont encore plus vrais, plus sincères.

Pour les rappels, il est revenu, avec son pianiste pour I need somebody. C’est maintenant un moment « …pour ceux qui donnent du temps aux autres, comme les pompiers, les sauveteurs… et comme vous ce soir qui vous êtes déplacés jusqu’à moi. » Une voix dans la foule a crié quelque chose que je n’ai pas bien entendu qui devait être : « Merci à toi d’être là ! » Bryan Adams s’est tourné vers l’anonyme voix perdue au milieu de visages noyés dans l’obscurité. « Je suis à votre service. » a-t-il répondu.

Le concert a chassé nos soucis de la journée, un moment où tout allait bien. Je ne me souvenais plus où j’étais, dans une cabane au Canada, au coin du feu avec un copain qui savait vraiment jouer de la guitare. Cet instrument magique qui nous permet de nous évader, de nous dérober l’espace d’un instant à tous ces problèmes fabriqués par l’homme. J’étais loin.
En sortant, le petit papier frappé du sceau de la police de Anvers sur mon pare brise était là pour me rappeler qu’on ne s’évade pas si facilement, on est vite repris par la réalité.



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